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Mounia Meddour, la cinéaste qui fait trembler les codes du cinéma maghrébin

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Mounia Meddour, la cinéaste qui fait trembler les codes du cinéma maghrébin

Photo: State Library and Archives of Florida, Public domain, via Wikimedia Commons

Il y a des premières œuvres qui changent tout. Pas seulement pour leur autrice, mais pour tout un pan du cinéma. Papicha, sorti en 2019, est de celles-là. Derrière ce film coup de poing se trouve Mounia Meddour, une réalisatrice franco-algérienne dont le nom résonne désormais bien au-delà des frontières du Maghreb. Mais qui est vraiment cette femme qui a réussi à faire pleurer Cannes et rugir Alger ?

Des racines doubles, une vision unique

Née à Alger en 1978 d'un père réalisateur — le cinéaste algérien Azzedine Meddour — et d'une mère française, Mounia grandit entre deux cultures, deux langues, deux façons d'appréhender le monde. Cette double appartenance n'est pas un détail anecdotique : elle est au cœur même de sa démarche artistique. Elle a baigné dans les plateaux de tournage dès l'enfance, observant son père raconter l'Algérie avec ses propres mots, ses propres images.

Après des études de cinéma en France et une carrière comme journaliste et documentariste, Mounia Meddour prend le temps de construire son regard. Elle ne se précipite pas. Elle observe, elle accumule, elle digère. Ses courts-métrages et documentaires témoignent déjà d'une sensibilité particulière pour les figures féminines marginalisées ou invisibilisées. Quand elle décide de passer au long-métrage, elle puise dans sa propre mémoire : les années 1990 en Algérie, la décennie noire, et ces jeunes filles qui continuaient de rire, de danser, de créer malgré la terreur ambiante.

Papicha : un film personnel devenu universel

À Cannes en 2019, Papicha fait l'effet d'une déflagration. Sélectionné dans la section Un Certain Regard, le film raconte l'histoire de Nedjma, une étudiante passionnée de mode à Alger, qui refuse de plier face à la montée de l'intégrisme. Le film est présenté hors compétition officielle en Algérie — les autorités le jugeant trop subversif — mais il remporte le César du meilleur premier film en 2020. Un paradoxe qui dit beaucoup sur la portée politique de l'œuvre.

Ce qui frappe dans Papicha, c'est la façon dont Meddour refuse le misérabilisme. Ses héroïnes sont vivantes, drôles, sensuelles, en colère. Elles ne sont pas des victimes à plaindre mais des forces à admirer. Cette posture narrative — montrer la résistance joyeuse plutôt que la douleur passive — est une signature artistique forte, et une rupture nette avec certaines représentations convenues du cinéma maghrébin dit "engagé".

"Je voulais rendre hommage à toutes ces femmes qui ont continué à vivre, à créer, à exister malgré tout", a-t-elle confié dans plusieurs interviews. Et ça se ressent à chaque plan.

Le cinéma comme outil de subversion douce

Mounia Meddour ne fait pas de la politique au sens strict. Elle fait quelque chose de plus efficace peut-être : elle humanise. En choisissant de centrer ses récits sur des femmes ordinaires dans des situations extraordinaires, elle opère une subversion qui passe par l'émotion avant d'atteindre l'intellect. Le spectateur est touché avant d'être interpellé. C'est une stratégie narrative redoutable.

Sa façon de filmer les corps féminins est aussi révélatrice. Dans Papicha, la mode n'est pas un caprice superficiel : c'est une armure, un acte de résistance, une façon de dire "j'existe et je refuse qu'on m'efface". Le haïk blanc que Nedjma transforme en robe de mariée lors du défilé final est l'une des images les plus puissantes du cinéma français de ces dernières années. Un symbole qui parle autant à une lycéenne de Roubaix qu'à une femme d'Oran.

Une influence croissante sur la nouvelle génération

Depuis le succès de Papicha, quelque chose a changé dans le paysage du cinéma nord-africain — et plus largement du cinéma dit "de la diaspora" produit en France. Des jeunes réalisatrices algériennes, marocaines ou tunisiennes citent désormais Meddour comme une référence directe, une preuve que leurs histoires méritent d'être racontées et qu'elles peuvent l'être sans compromis artistiques.

La cinéaste a ouvert une brèche. Elle a montré qu'un film en arabe dialectal algérien, tourné dans les rues d'Alger, avec une actrice quasi-inconnue (l'éblouissante Lyna Khoudri, révélée au grand public grâce à ce rôle), pouvait conquérir les plus grandes scènes internationales. Ce n'est pas rien.

Elle participe aussi à des jurys de festivals, donne des masterclasses, et s'implique dans la formation de jeunes cinéastes du Maghreb. Son engagement dépasse la simple création : elle construit activement un écosystème plus inclusif pour les voix féminines du cinéma arabe.

Et après Papicha ?

La question brûle les lèvres de tous ceux qui ont été soufflés par son premier long-métrage. Mounia Meddour travaille sur de nouveaux projets, dont elle garde jalousement les détails. Ce qu'on sait, c'est qu'elle ne se contentera pas de répéter une formule gagnante. Son parcours de documentariste, sa rigueur intellectuelle et son appétit pour les sujets complexes laissent présager des œuvres encore plus ambitieuses.

Ce qui est certain, c'est que Mounia Meddour a déjà gagné sa place dans l'histoire du cinéma maghrébin contemporain. Pas en criant, pas en revendiquant — mais en filmant. Et c'est peut-être ça, finalement, la forme de subversion la plus durable.

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